La liberté de la presse : il y a un an, un journaliste irakien témoignait au Lycée Escoffier

par Catherine Jacquey

Une rencontre avec un journaliste-photographe irakien réfugié politique : Hussam Salman.
Quand l’histoire individuelle témoigne de l’Histoire collective

Jeudi 28 novembre, les élèves de TBP et de BTS Hôtellerie-restauration ont accueilli Hussam Sadoun Salman, journaliste-photographe irakien, réfugié politique dans le cadre de l’opération nationale Renvoyé spécial pour laquelle notre candidature a été retenue et en lien avec leur programme de français.
Cette opération, organisée par la Maison des journalistes (MDJ) et le CLEMI (Centre de liaison entre l’éducation et les médias de l’information), avec le soutien financier de Presstalis, a pour but de sensibiliser les lycéens à la liberté d’expression et au pluralisme dans les médias par la rencontre avec un journaliste politique, réfugié en France.

Hussam Salman est venu à la rencontre des élèves pour partager son histoire personnelle et son expérience en tant que professionnel de l’information dans son pays d’origine : l’Irak.
Il a été emprisonné plus de six années pour avoir juste essayé d’exercer son métier de journaliste. Aujourd’hui, réfugié politique en France, il veut témoigner de la situation des journalistes exilés.
Face à nos élèves, il a relaté les pressions subies par les journalistes en Irak (répressions morales : climat de terreur, insultes mais aussi physiques : arrestations abusives, kidnappings, disparitions, meurtres) de la part du gouvernement irakien qui met tout en oeuvre pour que les médias ne puissent témoigner de ce que vit la population irakienne au quotidien et en informer le monde.

Son témoignage riche et émouvant a suscité une écoute attentive et de nombreuses questions de la part des élèves. Ce moment d’échanges fut d’une grande qualité.

Un grand merci à Fatima Madani, assistante d’éducation dans notre lycée, qui a su traduire non seulement les mots mais aussi les émotions de Hussam Salman.

Quelques témoignages d’élèves :
« J’ai découvert à quel point les médias pouvaient être muselés par les gouvernements dans certains pays. Je m’informe beaucoup donc je savais que ça existait mais pas à ce point là ! »
« Hussam avait les larmes aux yeux lorsqu’il parlait de séquestration et n’a pu raconter tout en détail car ces souvenirs étaient trop durs et trop lourds, il souhaitait que certains passages restent personnels. »
« Sa tenue, ces gestes, ses expressions donnés beaucoup d’intensité à son témoignage montrait aussi toute son émotion. Son histoire était poignante. »
« Cela m’a touché et fait réfléchir sur les médias et leur rôle en Irak et dans la monde. »
« Malgré sa langue étrangère et incompréhensible à mon oreille la tristesse se lisait dans son regard. »
« La rencontre provoque beaucoup d’émotion parce que nous étions face à face, pas d’écran entre nous. »
« J’ai été touché par les émotions que l’on pouvait voir et sentir dans les paroles et le regard d’Hussam. »
« J’ai été très touché lorsqu’Hussam devait arrêter de parler parce qu’il évoquait sa famille et que l’émotion était très, trop forte. »
« J’ai beaucoup de respect pour cette personne, je l’ai et je la remercie encore d’être venue témoigner auprès de nous. »
« J’ai été touché et j’avais des frissons lorsqu’il évoquait sa famille ou quand il ne parvenait plus à parler. »
« Cette rencontre était très intense. »
« L’expression de son visage montrait une vive émotion, il avait parfois les larmes au yeux. Souvent il avait un air triste. »
« Hussam nous fait prendre conscience de notre chance d’être dans un pays où la liberté d’expression est acceptée, mais aussi des souffrances qu’il a enduré pour nous transmettre ce message. »
« Son histoire m’a touchée et révoltée parce que je me suis rendue compte que le liberté n’est pas forcément évidente. »
« Cette rencontre m’a beaucoup appris sur la situation en Irak, je ne m’attendais pas à tant d’injustices. Hussam a subi beaucoup de violence physiques mais aussi mentales. »

Compte rendu des élèves sur cette rencontre :
Hier jeudi 28 Novembre, nous avons rencontré un journaliste irakien qui a fui son pays afin de sauver sa vie. Ce journaliste se nomme Hussam Sadoun Salman, il est venu dans le cadre de Renvoyé spécial, rencontres qui mettent en relation des journalistes réfugiés à la maison des journalistes en France et des lycéens.
Il nous a raconté son histoire et surtout les difficultés médiatiques dans son pays.
Fatima assistante d’éducation a fait la traduction arabe-français simultanément.

Hussam travaillait pour un journal japonais en Irak. Il a écrit un article sur la vie dans son pays mais le gouvernement estimait que son article était une critique de son action, il a donc fait emprisonné Hussam pendant 6 ans sous prétexte de terrorisme. Libéré, Hussam s’est réfugié en France, il a choisi la France pour sa devise républicaine et sa réputation. Selon lui, il a trouvé ici ce qu’il espérait. Depuis son arrivée en France il renaît, revit pleinement.
Le gouvernement l’a fait passer pour mort auprès de sa famille dès 2006. Ce n’est qu’en 2012 qu’il a pu joindre ses parents réfugiés en Suède pour leur dire qu’il était vivant. Il n’a pas encore eu la chance de les revoir.
Ce témoignage nous donne une autre vue des médias et de l’Irak. Les journalistes sont censurés par le gouvernement. Celui-ci fait pression sur les journalistes et certaines régions sont interdites d’accès. Le gouvernement cherche toujours des stratagèmes pour camoufler les choses, il fait circuler, passer de fausses informations. Il n’hésite pas à emprisonner les journalistes sans raisons réelles pour être tranquille, ainsi 261 journalistes ont été tués et 64 kidnappés. Les partis politiques financent les médias les obligeant à les soutenir, les manipulant s’ils ne veulent pas subir des représailles. Les journalistes étrangers ne sont pas épargnés comme le français Nader Deldoun qui fut arrêté en 2012 mais lui fut libéré grâce à l’intervention du gouvernement français.
Le départ des américains fut négatif pour les journalistes irakiens, ils ont perdu le peu de protection qu’ils avaient alors. L’Irak est un pays où la liberté et l’égalité n’existe pas bien que ce soit officiellement une démocratie. Cette situation n’est pas dénoncée en Occident où depuis la fin de la guerre et le départ des troupes américaines, le pays ne fait plus partie des sujets des journaux télévisés.
Hussam nous a raconté son histoire pour nous montrer que les médias ne disent pas forcément vrai, pour dénoncer la situation de son pays où la démocratie n’est toujours pas réelle mais aussi pour nous sensibiliser à la chance d’être dans un pays libre où l’on respecte les droits universels.
Ce témoignage est une histoire personnelle et collective. Hussam fut prisonnier et il témoigne de ce que vivent les journalistes de certains pays, privés de liberté de parler et d’exprimer leur avis. Il témoigne aussi pour les irakiens qui subissent quotidiennement les pressions de ce gouvernement.